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Compte-rendu du discours de
MME ANGELA MERKEL à SARREBRUCK le 10 juin 2006
par M. CALOGERO CASSARO
Secrétaire départemental de L’UMP MOSELLE
A l’occasion du 43ème congrès de l’EAK (Evangelischer Arbeitskreis de
Avant que Mme Merkel ne prenne la parole, l’EAK a présenté la chancelière allemande et Présidente de
Mme Merkel prend comme point de départ de son discours la question suivante : Quelle est la mission de l’Homme dans cette époque de bouleversements qui est la nôtre ? Pour définir le terme de « Vérité », elle se réfère à l’ouvrage de l’écrivain et philosophe Rüdiger Safranski Quelle dose de vérité les philosophes peuvent-ils supporter ? (Wieviel Wahrheit braucht der Mensch? Über das Denkbare und das Lebbare.), où celui-ci, analysant le rapport entre Vérité et Individu, cherche à définir la part de vérité dont a besoin chaque homme. Il en ressort ce constat : à chaque homme sa vérité. Transposant la réflexion sur le plan politique, Mme Merkel conclut que la fonction de la politique consiste à définir les règles du jeu afin que chaque vérité – la vérité de chaque individu – puisse avoir ses chances d’exister. Mme Merkel souligne le fait qu’il faut parler d’une vérité et non pas de la vérité, car nul ne peut avoir la prétention de détenir la vérité absolue. D’ailleurs, dit-elle, le peuple allemand a vu, à ses dépens, où pouvait mener une telle prétention et a su tirer les leçons de son Histoire.
Mme Merkel rappelle ensuite les principes sur lesquels a été fondée
Mme Merkel définit ensuite les trois principes – à son sens - majeurs en politique : Responsabilité – Transparence – Dialogue. Ces trois principes sont à la base d’une politique basée sur le concept de « probabilité » („Wahrhaftigkeit“). Ce concept se résume ainsi : Si nous décidons d’agir ainsi, soyons bien conscients qu’il se passera probablement ceci. Le politique qui prend une décision doit donc le faire en tenant compte de la situation telle qu’elle est, sans se voiler la face, et en assumant les conséquences de sa décision.
L’Homme, par essence, a des attentes et il est souvent déçu dans ses attentes. Il est d’autant plus déçu si on lui promet beaucoup et si ces promesses ne sont pas réalisées. Mme Merkel transpose cette donnée sur le plan politique, en disant qu’il est nécessaire de briser le cercle vicieux entre attentes, désillusions et déceptions. Comment ? En ne promettant plus ce qu’on ne peut pas tenir. Ainsi, une politique basée sur le concept de « probabilité » consiste avant tout à mettre en adéquation les paroles et les actes. Dire les choses telles qu’elles sont et telles qu’elles pourraient être, sans contourner ou occulter les problèmes, tel est le rôle du politique ; et c’est cette ligne de conduite que s’est fixée
Mme Merkel rappelle ceci : Les hommes sont ce qu’ils sont, ils font des erreurs. Mais, aux yeux de Dieu, tous les hommes sont en recherche. Sur le chemin de cette quête, il est important d’assumer ses choix. Aussi, le sens de la responsabilité est une vertu majeure de l’homme politique. Il doit être conscient qu’en prenant certaines décisions, il peut provoquer des déceptions. Il doit donc expliquer le pourquoi et le comment de chaque décision. C’est ainsi qu’entre en jeu le besoin de transparence et de dialogue, inséparable du sens de la responsabilité. Le but étant de créer des structures qui prennent en compte les hommes tels qu’ils sont, donc imparfaits. La politique a pour rôle essentiel de définir les règles du jeu dans une société démocratique.
Concernant la définition du concept de responsabilité, Mme Merkel évoque la question de la réforme du système fédéral. Le fédéralisme inclut plusieurs types de responsabilité : celle des Länder, celle de l’Etat (Bund), celle des communes. Il faut définir clairement où réside la responsabilité de chacun des acteurs du système fédéral, tout en sachant que la responsabilité ne peut être concentrée uniquement sur l’Etat. En d’autres termes, chaque décision prise ne relève pas unilatéralement de la responsabilité de l’Etat. On ne peut pas placer toutes ses attentes dans l’Etat. C’est pourquoi, la notion de médiation est importante. Le but de la réforme est d’ordonner, classer, hiérarchiser les responsabilités de chacun des acteurs dans un esprit de dialogue.
Pour définir le concept de transparence, Mme Merkel prend plusieurs exemples. Le premier est celui de l’Union Européenne. Pour que les citoyens acceptent l’Europe, il faut d’abord leur expliquer clairement pourquoi ils doivent accepter l’Europe. Le politique doit prendre appui sur son expérience et répondre sans détours aux questions que se posent et que lui posent les citoyens. Dans le débat sur l’Europe, il faut rappeler aux citoyens la mission de l’Union Européenne, basée sur le principe de solidarité. Mme Merkel insiste sur le fait que l’Allemagne partage avec ses voisins européens des valeurs communes, qui sont notamment le droit à la propriété, l’universalité des Droits de l’Homme, la volonté de vivre en paix. Chaque pays, pris isolément, ne peut défendre à lui seul ces valeurs.
Mme Merkel prend également pour exemple l’Economie Sociale de Marché, qui est à la base du système économique allemand. Ce système n’est pas sans limites et, sans règles, il ne survivra pas. Il faut se battre pour définir ces règles, pour créer des structures, se battre même au-delà des frontières allemandes. Mme Merkel évoque notamment la question des aides sociales et la nécessité de sévir contre les abus.
Aussi faut-il lutter ensemble pour défendre ces valeurs. C’est en cela que consiste la solidarité européenne. Mme Merkel rappelle que ces valeurs sont héritées du christianisme. C’est pourquoi, l’Allemagne – tout en étant tolérante vis-à-vis des valeurs laïques de son voisin français – a parfois le sentiment que
A l’heure de la mondialisation, il est nécessaire de redécouvrir les valeurs que sont la force et le courage.
Transparence et dialogue vont de pair. Mme Merkel souligne la nécessité de la transparence dans la réforme des structures. Il faut notamment expliquer aux citoyens comment l’argent public est dépensé. Mme Merkel évoque sans détours les problèmes de budget en Allemagne. L’une des missions de
Mais il ne s’agit pas de prendre des décisions unilatéralement au nom de la solution la plus économique possible. Mme Merkel donne un exemple : la fermeture d’un hôpital. Pour prendre une telle décision, il faut se concerter, notamment avec les élus locaux, dialoguer afin de parvenir à une décision raisonnable, humaine et non comptable.
Mme Merkel souligne la nécessité des réformes (des retraites, du budget, du système fédéral …). Mais elle rappelle qu’il est illusoire de croire qu’on puisse faire des réformes et exiger en même temps de ne pas être touché par ces réformes. Pour éviter les déceptions et les ressentiments, il faut donc prendre le temps d’expliquer aux citoyens la nécessité de ces réformes. Il faut mettre chacun face à ses responsabilités. Ainsi, une politique basée sur le concept de « probabilité » peut soulever par exemple ces questions : s’il n’y a pas de réforme des retraites, si l’on décide de pas allonger la durée de travail, il est probable que les retraites diminuent et que les cotisations soient plus lourdes. Est-on prêt à assumer les conséquences d’une absence de réforme ? Peu de choses ont été accomplies hier, que se passera-t-il demain si l’on ne fait rien aujourd’hui ?
En politique, rappelle Mme Merkel, tous les domaines sont étroitement imbriqués : l’épargne, la santé, les retraites, les impôts, les dettes … Tous ces domaines sont les différentes pierres d’un immense chantier face auquel se trouve
En guise de conclusion, Mme Merkel définit la liberté, en soulignant que liberté et solidarité vont de pair. Elle fait une distinction entre liberté de fait („Freiheit von…“) - liberté au sens passif – et liberté de faire („Freiheit zu…“) au sens de liberté d’action.
Mme Merkel défend donc une politique dynamique et rejette une politique basée sur les faux-semblants et les faux-fuyants au profit d’une politique basée sur le concept de « probabilité ».
Celle-ci consiste à :
- regarder les choses en face
- s’ouvrir au dialogue
- prendre des décisions en les assumant
- ne pas promettre ce qu’on ne peut pas tenir mais tenir les engagements qu’on a pris
le tout dans la transparence pour une politique à long terme.
Cette politique, dit-elle, est le reflet d’une attitude optimiste, basée sur une image certes réaliste, mais tout de même positive de l’homme, image qui procure force, sens visionnaire et aspiration à la réalisation d’un idéal humaniste.
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